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Daniel Cohen, professeur de sciences économiques à l’ENS et auteur de l’ouvrage « Il faut dire que les temps ont changé », a revisité l’histoire économique des pays occidentaux depuis leur entrée en phase de désindustrialisation afin d’expliquer la détérioration du lien social dans les sociétés actuelles, née selon l’économiste de l’effondrement de la civilisation industrielle et de sa transformation en une « civilisation algorithmée déshumanisante ».

Le propos de Daniel Cohen se fonde sur les points communs paradoxaux des craintes et des critiques faites à l’encontre de la digitalisation de la société avec celles que soulevaient son industrialisation.

En effet, si la société industrielle d’après-guerre évoque aujourd’hui encore une époque faste – que ne saurait mieux qualifier la célèbre expression de « Trente Glorieuses » de Jean Fourastié – en son temps, celle-ci inquiétait à l’époque autant que la société dite « digitale » d’aujourd’hui.

La critique, portée notamment par Roland Barthes dans ses Mythologies ou encore Herbert Marcuse avec L’Homme unidimensionnel, n’est déjà pas tant économique que sociale et culturelle. Elle s’oppose à un fonctionnement aliénant causé par l’industrie où l’homme s’oublierait à force de répétitions ; elle déplore également la perte de création en raison de l’ « abêtissement cultivé par une télévision poussant à  la consommation.  ».

Loin d’être rassurante selon Daniel Cohen, cette assimilation des critiques faites à deux époques éloignées révèle l’inquiétante situation dans laquelle se trouvent les sociétés post-industrielles dont les appréhensions n’ont eu de cesse de se renforcer.

La désindustrialisation a conduit à une perte du lien social.

L’organisation de la société industrielle favorisait auparavant  une forme d’unité entre tous les segments de la société (« une société liant, de manière rigide mais solidaire, les dirigeants d’entreprise et les ouvriers à la chaîne, en passant par les ingénieurs et les contremaîtres ») a progressivement été disloqué à force d’externalisation, créant une dissociation des différentes couches sociales.

Par ailleurs, Daniel Cohen remarque que la montée des inégalités s’observe dans tous les pays, riches ou pauvres, avancés ou émergents.

Outre le phénomène de désindustrialisation, le lien social au sein des sociétés occidentales est également mis à mal par des caractéristiques inhérentes à l’ère digitale.

A l’aliénation de l’industrie s’est substituée la déshumanisation du numérique. Daniel Cohen explique cette dernière en citant Jean Fourastié qui, dans Le grand espoir du XXème siècle, décompose l’Histoire humaine en trois phases : une première consistant à cultiver la terre, une seconde depuis la fin du XVIIIème siècle reposant sur le travail de la matière et la phase actuelle, celle de la société de services, où l’homme est devenu matière première.

Or, Daniel Cohen explique que cette dernière phase est par essence incapable de créer de la croissance. Selon lui, la valeur du bien qui est produit se mesurant au temps consacré à autrui, le processus de production que la civilisation industrielle avait su massifier grâce aux machines en dégageant plus de gains de productivité bute aujourd’hui sur la finitude de ce temps incompressible « qu’il faut par exemple au coiffeur pour réaliser une coupe de cheveux ».

Les nouvelles technologies ont permis de répondre au blocage de la croissance à un point stationnaire et ce en changeant la nature humaine : l’homme n’est désormais plus assimilé à un être fait de chair mais un être numérisé, un système de données pouvant être traités à distance.

Ainsi, Daniel Cohen attire l’attention sur le fait que le passage du travail « à la chaîne » au travail « en ligne » ne s’est pas fait sans un nouveau processus de déshumanisation.

A l’instar de l’ère industrielle, la société digitale se pose la question de sa sortie du monde du travail et du capitalisme en raison de la place croissante des nouvelles technologies dans nos modes de production. DanielCohen imagine deux scénarios :

  • Un scénario, inspiré du film Her de Spike Jonze, où un nombre croissant de tâches serait réalisé par des algorithmes et où le travail se ferait de plus en plus rare au sein des classes moyennes – les services dispensés par des hommes devenant des privilèges. Un scénario jugé « insoutenable d’un point de vue démocratique et humaniste ».
  • Un second scénario où les technologies parviendraient à trouver des complémentarités avec le travail humain afin d’accroître sa productivité. Selon Daniel Cohen, c’est le scénario qui a primé jusque là et qui devrait par conséquent s’installer. Néanmoins, il signale que la difficulté réside aujourd’hui dans le fait qu’ aujourd’hui les innovations ne soient pas réalisées au sein des entreprises mais hors les murs (à la Silicon Valley, par exemple) par des entreprises dont le modèle économique aurait tout intérêt à suivre le premier scénario.

Daniel Cohen a conclu son propos sur l’épreuve que représente le passage des sociétés occidentales d’une société industrielle à une société digitale, cette fois pour les pays émergents – et principalement les moins industrialisés. Ces pays doivent effectivement désormais faire face à une concurrence des nouvelles technologies. Par ailleurs, ces pays se confrontent au risque du « leapfrog » (ou « saut de grenouille » qui désigne l’idée de parvenir à un objectif sans passer par les étapes intermédiaires grâce aux nouvelles technologies). Revenant à l’idée selon laquelle, sans les nouvelles technologies, la société digitale n’est pas créatrice de richesses – la croissance se faisant par l’industrie – Daniel Cohen explique que ces pays pourront difficilement faire l’impasse de l’industrialisation de leur société.

Retrouver l’article original ICI

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Gildas Bonnel

Gildas Bonnel est Président de l’agence Sidièse, mais aussi de la commission du développement durable de L’AACC. La RSE, il y croit fort : pour lui, c’est un levier d’action et de positionnement incontournable pour les entreprises. Plus possible de faire du bullshit ! Les boîtes ont RDV avec l’Histoire. Et elles feraient mieux de l’honorer…

Pourquoi défendez-vous la RSE ?

Gildas Bonnel : Parce qu’il y a un vrai problème sémantique quand on parle de « responsabilité ». On se retrouve très vite dans un prêchi-prêcha de l’ordre de l’injonction. Il y a un côté « range ta chambre » qui m’exaspère. Alors que c’est en réalité très structurant : la RSE, c’est un moyen pour les entreprises d’honorer un rendez-vous avec l’Histoire. Ça les oblige à se positionner publiquement, à rendre compte de leur impact sur la société. Et honnêtement, il était grand temps que ce rendez-vous arrive. C’est ambitieux et structurant.

 

Est-ce qu’une bonne politique RSE permet de vraiment transformer les modèles ?

G. B. : Bien sûr ! Il faudrait être un sacré salopard pour mentir – et se mentir – dans le monde dans lequel on vit aujourd’hui. L’époque est fascinante : nous sommes à un moment charnière de notre humanité. La RSE, ce n’est pas gadget ! On n’est plus dans le superfétatoire ! Plus personne ne supporte les effets d’annonce : ni la société, ni les clients, ni les jeunes générations ! Les duperies sont catastrophiques pour ceux qui en abusent : l’époque et notre prise de conscience – individuelle ou collective – nous poussent à l’accélération. L’urgence climatique nous oblige à agir. Et quand ce n’est pas le cas… ce n’est pas par malice, mais souvent par paresse ou inculture.

 

Quels sont les meilleurs exemples qui donnent foi en la RSE ?

G. B. : La nature des conversations que je peux avoir avec mes clients a complètement changé en 10 ans. Aujourd’hui, quand je parle avec des patrons, on se dit vraiment les choses. Le débat a évolué. On ne me demande plus de rhabiller la mariée, de faire joli, de raconter une belle histoire ou de montrer les aspects les plus sympathiques d’une activité en évitant d’exposer la partie la plus fragile. Là, on est obligés de se déshabiller complètement : packaging, fournisseurs, distribution… Tout y passe.

Retrouvez la suite de l’interview ICI

Fin de l’État providence, crise environnementale, aspiration à des relations économiques plus « justes » : partout dans le monde, ces trois phénomènes nourrissent une nouvelle vision des rapports économiques, dopée par l’explosion numérique et ses promesses sans précédent en termes d’ouverture et de partage.

C’est sur ce terreau que s’échafaude la théorie des communs, décrits comme une troisième voie en réponse à la crise écologique et de civilisation liée à la raréfaction des ressources. Peu connus du grand public, souvent caricaturés, les communs reposent sur une pensée complexe, au croisement de la sociologie, de l’économie et de la politique. Au-delà du nuancier de définitions qu’ils inspirent, on peut les caractériser comme des organisations sociales constituées pour gérer, en les partageant et en les protégeant, des ressources communes. La pratique du partage renvoyant ici au moins autant au jeu social qu’à la ressource.

Tout sauf Uber

Comment l’entreprise, structure et organisation très formelle, pour l’essentiel de droit et d’intérêts privés et aux pratiques souvent discrétionnaires, peut-elle s’inscrire dans cette vision de communautés partageuses, « pair-à-pair », où la valeur d’usage (besoin, intérêt) a force de loi sur la valeur marchande ?

La réponse est-elle dans cette « économie du partage » ou « économie collaborative », régulièrement convoquée dans la défense et l’illustration du modèle de la start-up numérique ? Autrement demandé, l’ubérisation peut-elle être considérée comme une mise en pratique, certes incidente – car il ne fait aucun doute qu’elle n’est pas revendiquée comme telle — de la théorie des communs ? Après tout,l’internet, réseau de réseaux, est par essence le lieu d’expression de communs peer-to-peer informationnels.

Non seulement la thèse d’une filiation, même la plus lointaine, ne résiste pas à l’analyse, mais les deux mondes sont même dans une opposition axiologique et fonctionnelle. Là où les communs visent à co-construire un service partagé par tous, l’ubérisation configure et reproduit des offres de marché reposant sur la division du travail et la mise en concurrence des travailleurs, avec, comme conséquence, le parasitage des infrastructures existantes et la violation des règles de gestion communes (quand Uber s’installe à Paris, c’est pour mieux faire repartir ses profits vers ses actionnaires de la Silicon Valley).

Des Commons au Project-Based View

L’hypothèse d’une résonance entre communs et entreprise doit donc se chercher ailleurs. Que dit ici la recherche ? Comment aborde-t-elle les possibles interactions entre les deux mondes ?Les travaux de l’économiste américaine Elinor Ostrom (1), prix Nobel 2009 et papesse de la théorie de communs, s’ils s’inscrivent dansune réflexion visant à comprendre tous les systèmes humains complexes,n’interrogent pas centralement la figure de l’entreprise. Mais depuis une dizaine d’années, quelques professeurs et chercheurs (Benjamin Coriat, Pierre Dardot, Christian Laval,Michel Bauwens, etc.) investissent le sujet.

En décrivantune entreprise fondée sur le projet (Project-Based View), lesprofesseurs de sciences de gestion Jean-Pierre Brechet et Alain Desreumauxrappellent que l’entreprise n’est pas uniquement une organisation économique : elle se définit à la fois par sa fonction éthico-politique, par un contenu technique et économique et un contenu organisationnel.

Une ligne de pensée également empruntée parle sociologueSwann Bommier et la philosophe Cécile Renouard (2) : l’entreprise est un commun, une figure politique autant qu’économique, en interactionavec des parties prenantes, actrice du développement des territoires où elle est implantée, et qui parfois même agit pour orienter les décisions de la puissance politique. PourBommier et Renouard, l’entreprise comme communvient même signer le dépassement d’une RSE limitée dans une fonctioninstrumentale volontaire et, de ce fait, impuissante à porter l’entreprise dans une dynamique ontologique d’impact sur la société et son environnement.

Entreprises à mission, entreprises inclusives

Du point de vue de la science économique, l’entreprise comme commun peut être abordée de deux manières. D’un côté par la théorie pure, c’est-à-dire le savoir universaliste des économistes — quitte à en modifier quelque peu la teneur : une entreprise au service de l’Homme tel que défini par ses droits naturels, la liberté et l’égalité principalement. On est moins ici dans moins une représentation des faits que dans un imaginaire à partir duquel penser la société. L’autre niveau d’approche est celui d’une théorie pragmatique qui part des réalités pour en donner une représentation et en permettre une interprétation.

Or, depuis une dizaine d’années, un peu partout dans le monde occidental, émergent de nouveaux statuts visant précisément à faciliter cette lecture pragmatique. Dernier en date : l’entreprise à mission. D’une certaine manière, cette formule permet à l’entreprise de dépasser l’approche discrétionnaire des politiques de responsabilité sociale et environnementale (RSE) en lui faisant inscrire sa raison d’être dans ses statuts et en lui faisant endosser une forme d’opposabilité par les parties prenantes de ses engagements en matière d’impacts extra-financiers. En cela, elle détermine de nouvelles règles de gouvernance et repositionne l’entreprise dans la société.

Les modèles développés par l’économie inclusive témoignent de ce réel potentiel émancipatoire de l’entreprise« pair-à-pair ».

Diagnostic partagé

Le rapprochement entre entreprise et communs ne peut être ni monolithique ni inconditionnel. Il suppose nécessairement de petits arrangements avec le dogme. Une fois cette souplesse d’analyse tolérée, il est possible d’identifier a minima des zones de résonance, voire des similitudes. En tout cas de multiples possibles.

A commencer par un diagnostic partagé : l’urgence à replacer l’homme au cœur de l’économie, à reconsidérer notre modèle de croissance pour maximiser l’impact social, à agir pour l’inclusion sociale et la protection des équilibres environnementaux. Ces enjeux sont au cœur des communs ; ils sont également aujourd’hui le moteur d’un nouveau mouvement entrepreneurial.

Autre opportunité de rencontre : le concept d’entreprise étendue, tant dans ses ressorts structurels et fonctionnels que dans sa mission. Là encore, l’écho rencontré par des concepts comme l’entreprise à objet social étendu ou l’entreprise à mission, témoigne de l’intérêt de nombreux entrepreneurs et dirigeants pour une refondation du rôle et de la place de l’entreprise dans un écosystème élargi.

Risque de dévoiement

Reste qu’en matière d’ouverture, de partage et d’impacts, la déclaration d’intention, pas plus que les seules convictions du dirigeant, ne suffisent. Le rapprochement de l’entreprise et des communs induit en substance des conditions formellement affichées, qui seront autant de garanties contre toute velléité manipulatoire. Les entreprises peuvent être solidaires dans leur objet (visée sociale, aide aux plus fragiles), mais dès lors qu’elles entrent dans l’intention « commune », elles doivent se donner les moyens d’inspirer de nouvelles coopérations territoriales, en mobilisant une diversité d’acteurs publics, privés et institutionnels, dans une dynamique réfléchie de revitalisation et d’innovation.

Une partie de la réponse a déjà été fournie par l’économie sociale et solidaire. Par-delà la diversité de ses écoles, de ses familles et de ses pratiques, celle-ci se singularise par un tronc commun de ressorts : la place centrale de l’Homme dans les finalités et les organisations. Les entreprises n’ont pas pour objet de faire fructifier le capital à des fins lucratives, mais de répondre à un dessein fondamentalement social, d’intérêt commun, sur la base de règles de solidarité. Ce, autour de grands principes fondateurs : démocratie, émancipation de l’individu, répartition des excédents.

Plus les principes sont exigeants et formels, plus le risque de dénaturation est latent.On a vu les effets de la mondialisation et de la financiarisation des marchés sur certaines entreprises pourtant statutairement estampillées « économie sociale », à commencer par les banques coopératives, qui se sont peu à peu laissées gagner par le mimétisme capitaliste. Comme les entreprises – et comme toutes les institutions — les communs ne sont pas a priori à l’abri d’un dévoiement de leurs principes fondateurs.Attention donc à la tentation mimétique, mais gare aussi au réflexe protectionnisme. Comme les entreprises, les communs sont voués à innover, dans leurs formes, leurs frontières, leur gouvernance.

L’article original de Muriel Jaouen  ICI

Limiter le progrès technique et industriel au nom de l’écologie est une erreur potentiellement dangereuse et liberticide.

C’est le point de vue de Laurent Alexandre (chirurgien urologue et chef d’entreprise et co-fondateur de l’Institut Sapiens) et de Ferghane Azihari (analyste en politiques publiques, collaborateur de l’Institut de recherches économiques et fiscales).

Lors de ses controverses avec Proudhon, Marx se plaisait à conférer un caractère scientifique à son socialisme pour l’opposer aux utopies de son rival. Son discours n’en demeurait pas moins prophétique. Sans doute est-ce pourquoi l’infortune de ses prédictions n’a jamais affaibli son prestige auprès d’intellectuels assoiffés d’eschatologie païenne.

Marx prédisait que la paupérisation des masses sous le règne de l’impitoyable loi du marché allait conduire le capitalisme à son effondrement. Son disciple, Lénine, fut contraint par l’embourgeoisement du prolétariat occidental à réactualiser la prophétie: la survie «temporaire» du capitalisme ne pouvait s’expliquer que par la misère du tiers-monde.

Mais alors que la mondialisation brise le monopole occidental de l’opulence, de nouvelles accusations sont proférées contre le péché du capital à l’origine des sociétés industrielles, qu’est la cupidité. Ces éternels griefs rejoignent le constat schumpetérien que le capitalisme doit soutenir son procès devant des juges qui ont en poche la sentence de mort «quels que soient les arguments invoqués par les avocats». Depuis quelques décennies, c’est donc à l’écologie politique et à son versant décroissant qu’échoit la noble tâche de condamner l’économie de marché.

Place aux nouveaux prophètes et aux sombres présages. À Hollywood, les dystopies néo-malthusiennes attestent l’ampleur du fantasme de l’effondrement des sociétés industrielles. L’invalidation empirique de la plupart des discours alarmistes peine à les éroder. Dans son célèbre rapport publié en 1972, le très scientifique Club de Rome alertait sur les dangers de la croissance de la population et de la pression induite sur les ressources naturelles. Les terres arables viendraient à manquer et les famines seraient inéluctables.

Cinq décennies plus tard, la malnutrition s’est effondrée pour atteindre le taux de 11% «malgré» un peuplement sans précédent de notre planète. Remercions pour cela les gains de productivité obtenus au rythme de la diffusion du progrès technique et du capitalisme à l’échelle mondiale. Ainsi l’humanité a-t-elle réduit de plus de 68% les terres nécessaires à la production d’une même quantité de nourriture ces 50 dernières années.

Les matériaux dont on redoutait la disparition sont toujours là.

Autre prophétie invalidée, les matériaux dont on redoutait la disparition sont toujours là. Les inquiétudes néo-malthusiennes témoignent de notre difficulté à saisir le rôle des mécanismes de l’offre et de la demande dans la gestion de la rareté des ressources.

Une économie de marché où les prix sont librement fixés rend en effet toute pénurie impossible. Toutes choses égales par ailleurs, la raréfaction d’un matériau augmente son prix. Ceci encourage les producteurs à trouver des techniques plus sophistiquées de production et d’extraction de la ressource. Sa cherté régule parallèlement sa consommation, incite à sa conservation, à son recyclage et invite les populations à se tourner vers des substituts.

La saga des hydrocarbures dont on prédit en vain la fin depuis des décennies est une bonne illustration de ce phénomène. Celle du cuivre en est une autre. L’expansion de l’industrie des télécommunications générait les mêmes inquiétudes avant qu’elle ne se tourne vers la fibre optique. Celle-ci est composée de silice, laquelle est plus abondante. Notre monde a beau être fini, la liste des besoins pour lesquels la rareté a été déjouée ne l’est pas.

L’inépuisable ingéniosité humaine est l’ultime ressource dont nous disposons.

Évaluer la soutenabilité d’une industrie en raisonnant sur la base d’une ressource particulière revient donc à méconnaître le rôle de la créativité entrepreneuriale. Cette créativité consiste précisément à innover toujours plus dans l’usage des ressources pour satisfaire les besoins de l’humanité. D’où l’affirmation du célèbre économiste américain Julian Simon que l’inépuisable ingéniosité humaine est l’ultime ressource dont nous disposons.

Or son déploiement à travers le commerce et l’industrie s’intègre mal dans les modèles mathématiques établis par les scientifiques férus de scénarios apocalyptiques. Hélas ces considérations ne suffisent pas à enrayer l’idéologie à l’origine de l’atmosphère anxiogène que nous connaissons. Les apôtres de l’écologie politique ont fini de convertir les populations à l’idée que la planète serait une entité naturellement bienveillante victime de l’avarice et l’incessante souillure des activités humaines.

La mode du «bio» qui consacre la supériorité de la chimie «naturelle» sur la chimie «synthétique» au mépris des considérations scientifiques est un symptôme de ce phénomène. Cette vision feint d’ignorer que l’histoire de l’humanité est aussi celle de sa lutte contre des phénomènes naturels nuisibles à notre survie par le développement industriel.

Il arrive certes que ce développement implique des compromis avec l’environnement et la biodiversité. Mais ces inconvénients doivent toujours être comparés aux avantages obtenus en contrepartie.

Faut-il préférer la lutte à l’adaptation au changement climatique ?

Personne n’oserait rétrospectivement affirmer que les pollutions atmosphériques générées par les premières révolutions industrielles étaient inacceptables au regard des résultats obtenus dans la lutte contre la famine ou la mortalité infantile.

D’autant que le progrès technique qui caractérise les sociétés riches leur permet de renégocier un meilleur équilibre avec leur environnement quand elles parviennent à satisfaire leurs besoins primaires. La pollution de l’air tend ainsi à reculer dans les pays développés depuis plusieurs décennies au point où l’indice de performance environnementale élaboré par les universités de Yale et de Columbia révèle que beaucoup de pays riches surclassent les pays pauvres sur ce point.

Cette affirmation est contre-intuitive à une époque où le mythe du bon sauvage sous-entend que seules les sociétés corrompues par la richesse seraient frappées par des problèmes environnementaux. En effet, les pays faiblement industrialisés qui brillent par leur sobriété émettent moins de CO2. Ils sont néanmoins rattrapés par des fléaux plus urgents que le changement climatique.

Dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, les infections respiratoires et les maladies diarrhéiques côtoient la malnutrition comme principales causes de mortalité. Ces problèmes proviennent d’un défaut d’infrastructures sanitaires pour le traitement de l’eau ainsi que de la persistance de sources d’énergie rudimentaires pour les activités domestiques. Autant de défis que l’industrialisation de ces pays pourrait relever, même si elle implique d’émettre plus de CO2 en contrepartie.

La résilience des sociétés industrielles est donc l’une des clefs de la survie de l’humanité.

À ces questions, les néo-malthusiens répondent qu’ils sont résolus à sacrifier le présent pour sauver un avenir qu’ils estiment en péril. Cette position témoigne d’une absence totale de confiance en la résilience des sociétés humaines face aux risques environnementaux.

Elle balaie l’hypothèse que des sociétés riches et avancées sur le plan technologique pourraient convenablement les gérer. L’examen de nos modes de production suggère pourtant une diminution progressive de l’intensité carbonique de l’économie mondiale depuis quelques décennies. Ces évolutions s’expliquent par les gains en efficacité énergétique et le recours à des sources d’énergie moins carbonées. Elles laissent entrevoir la possibilité d’un développement plus sain.

L’observation des catastrophes naturelles montre quant à elle que leur gravité diminue au rythme de l’enrichissement des sociétés et de leurs capacités grandissantes à investir dans des technologies et des infrastructures plus sophistiquées. C’est pourquoi un pays comme Haïti a connu plus de 230 000 décès à la suite d’un séisme d’une magnitude de 7.0 en 2010 quand le Chili a subi quelques semaines plus tard un séisme plus violent qui n’a fait «que» 525 morts et 23 disparus.

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Pour répondre au défi posé par les transformations profondes du système productif, les progrès technologiques et les mutations du travail. Il est nécessaire aujourd’hui de poser un regard nouveau au travers de la notion  d’ « employabilité socialement responsable » (ESR). 

Actualité de la problématique :

Depuis le début de la décennie, les réformes successives de la formation professionnelle ont eu pour effet de sophistiquer considérablement ses dispositifs et de rendre les salariés de plus en plus responsables de la construction de leur parcours professionnel.

L’importance grandissante que prend le compte personnel de formation (CPF) en est un signe emblématique. Ces intentions sont louables lorsqu’elles amènent la société française vers davantage d’autonomie, de responsabilité, de capacités d’émancipation des personnes.

Mais elles passent sous silence l’indispensable accompagnement des acteurs qui, s’ils ne font pas partie des plus qualifiés, sont désarmés devant la complexité du « système ».

Le risque majeur de ces évolutions est d’accentuer les inégalités de destin et l’assignement à résidence des exclus de la formation.

De son côté, la RSE (Responsabilité sociétale de l’entreprise) connaît une mue depuis le début de la décennie : autrefois très périphérique aux enjeux de l’entreprise, elle s’internalise progressivement et vient ainsi s’intéresser directement aux enjeux d’emploi, de qualification et de formation professionnelle : prise en compte des parties prenantes et de l’intérêt général, inclusion des publics les plus vulnérables, maîtrise des externalités, renforcement des acteurs, pilotage par des indicateurs incorporés dans la notation sociale.

Au cœur de cette évolution se trouve l’émergence de la notion d’employabilité, que je propose d’élargir à « l’employabilité socialement responsable » (ESR).

L’emploi et la construction des compétences, longtemps absents des objectifs RSE (Responsabilité sociétale et environnementale) des entreprises, commencent à s’imposer et s’installent progressivement au cœur de leur responsabilité vis-à-vis du devenir de leurs salariés (au sein ou en dehors de l’entreprise qui les emploie aujourd’hui) et des attentes sociétales liées à la prévention du risque de chômage et au renforcement de l’attractivité des territoires.

Martin RICHER, consultant en Responsabilité sociale des entreprises propose 6 champs de progrès dans ce sens.

  1. Redéfinir l’employabilité
  2. Réaliser un effort majeur de formation à destination des moins qualifiés
  3. Moduler les cotisations chômage acquittées par l’employeur
  4. Miser sur l’inclusion
  5. Renforcer les acteurs
  6. Définir les indicateurs de progrès et les rendre publics par la notation sociale

Conclusion

La première loi qui a posé les fondations de la formation professionnelle continue, la loi Delors de 1971, avait donné une impulsion puissante. Depuis, les fortes ambitions se sont paradoxalement fracassées sur le mur de la crise. Alors que la crise – qui n’est autre qu’une profonde transformation de nos systèmes productifs – aurait dû renforcer la légitimité de ces ambitions, ces dernières ont progressivement laissé place à une glissade morose dans la construction de dispositifs sophistiqués qui ignorent la capacité des acteurs sociaux à s’en emparer.

Conséquence : les réformes se succèdent (au rythme d’une tous les trois ans cette dernière décennie) mais la réforme piétine. Il faut maintenant inverser la logique en renforçant les acteurs pour reprendre la voie des transformations sociales impulsées par le terrain, celle de la RSE.

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« Si LEHMAN avait été sisters au lieu de brothers, le monde serait peut-être très différent », selon Christine LAGARDE.

Dix ans après la chute de Lehman Brothers et le début de la crise financière, Christine Lagarde, patronne du FMI, constate que le secteur financier cherche à nouveau à assouplir les réglementations qui le contraignent. Selon elle, une féminisation des dirigeants financiers apporterait de la prudence dans un milieu en manque d’éthique.

Le 15 septembre 2008, la faillite de Lehman Brothers plongeait le monde dans une crise économique dont les effets se font encore sentir dix ans plus tard. Vingt-quatre pays ont été victimes de crises bancaires et, dans la plupart d’entre eux, l’activité économique n’est pas encore revenue à la normale.

Selon Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international, souligne deux effets : « les coûts économiques élevés pour la population » et « l’amertume à la vue des banques renflouées et des banquiers jouissant de l’impunité à une époque où les salaires réels continuaient à stagner« . Pour elle, cela explique la forte réaction contre la mondialisation et l’érosion de la confiance dans l’État.

Des choix trop téméraires

Même si le secteur bancaire est soumis à une plus forte réglementation, par exemple sur l’innovation financière et les exigences de fonds propres des banques, il reste du travail à faire pour rendre le système plus solide. D’autant plus que le monde financier met la pression sur les gouvernants pour détricoter les réglementations post-2008.

Dans un post de blog sur le site du FMI, l’ancienne ministre française de l’économie propose une solution : « Un ingrédient important de la réforme du secteur financier serait un leadership plus féminin. Je dis cela pour deux raisons. Premièrement, une plus grande diversité raffine toujours la pensée et réduit ainsi le potentiel d’un comportement de groupe. Deuxièmement, cette diversité est également un gage de prudence, car elle réduirait les prises de décisions téméraires qui ont provoqué la crise« .

Pas assez de durabilité

Elle s’explique :

« Nos propres recherches le confirment : une plus grande proportion de femmes dans les conseils d’administration des banques et des organismes de surveillance financière est associée à une plus grande stabilité. Comme je l’ai dit à maintes reprises, si Lehman avait été Sisters au lieu de Brothers, le monde serait peut-être très différent aujourd’hui« .

Au-delà de cette féminisation de la finance, l’ancienne avocate appelle globalement à plus d’éthique.

« L’éthique n’est pas seulement importante pour elle-même, mais parce que les manquements ont des conséquences économiques évidentes« , assure-t-elle. « Le secteur financier attache encore plus d’importance au profit immédiat qu’à la prudence à long terme — le court terme l’emporte sur la durabilité« .

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Une économie durable ne signifie pas grand chose si nous sommes toujours animés d’un désir de consommation incessante et embourbés dans le malheur et l’aliénation.

La bioéconomieun système économique durable basé sur l’énergie propre et les produits naturels—vise à éliminer notre dépendance à l’égard des ressources fossiles limitées et à permettre une utilisation équitable des ressources biologiques renouvelables et des écosystèmes. La bioéconomie s’appuiera sur l’innovation frugale pour réinventer les systèmes agricoles et industriels, afin que nous puissions produire des aliments, des médicaments et d’autres produits plus sains pour plus de personnes ayant moins d’intrants et d’émissions de gaz à effet de serre.

La bioéconomie a un grand potentiel de croissance. Dans l’Union européenne, la bioéconomie emploie 18 millions de personnes (8,2% de la population active totale) et a généré 2,6 trillions de dollars de chiffre d’affaires en 2015. La bioéconomie indienne devrait passer de 42 milliards de dollars aujourd’hui à 100 milliards de dollars en 2025. Avec une croissance annuelle de 15% depuis 2011, la bioéconomie chinoise devrait valoir 1,5 trillions de dollars en 2022. La France vient d’annoncer un plan d’action 2018-2020pour accélérer la transition à la bioéconomie.

Tout cela semble très prometteur.

Mais avant de transformer nos systèmes agricoles et industriels, nous devons nous transformer en tant qu’êtres humains. Pour préserver la nature, nous devons d’abord changer notre nature intérieure. Si nous construisons la bioéconomie avec le même état d’esprit qui a construit notre système économique existant—caractérisé par une production de masse gourmande en ressources et une consommation de masse individualiste—nous finirons par produire, consommer et faire les mauvaises choses plus vite, mieux, moins cher et plus « durablement ».

Considérez les scénarios suivants :

Pourquoi utiliser une voiture autonome construite avec des biomatériaux et alimentée par du biocarburant et rouler sur des autoroutes solaires pour se rendre au travail plus vite lorsque 87% des employés se sentent désengagés ou travaillent à mort (littéralement, comme le montre le professeur de Stanford Jeffrey Pfeffer dans son nouveau livre effrayant, Dying for a Paycheck) ?

La taille moyenne des maisons américaines a plus que doublé depuis les années 1950, tandis que la taille moyenne des familles a diminué de moitié au cours de la même période. Aller vivre dans une nouvelle maison imprimée en 3D avec des matériaux à base de bois et fonctionnant à l’énergie solaire pourrait être bénéfique pour l’environnement (à condition qu’il n’augmente pas davantage la consommation de ressources par habitant). Mais il ne combattra pas la solitude généralisée et l’isolement social en Amérique, où près de la moitié des adultes se sentent seuls aujourd’hui, un taux qui a plus que doublé depuis les années 1980.

Les maladies chroniques (cancer, maladies cardiaques, diabète) sont maintenant épidémiques dans les pays en voie de développement—représentant 53% des décès—en raison de modes de vie malsains. L’obésité tue maintenant trois fois plus de personnes que la malnutrition. Boire et manger des aliments transformés et des boissons sucrées soigneusement emballés et embouteillés dans du plastique biodégradable ne résoudra pas ce grave problème de santé.

Remplacer les matériaux toxiques—le nylon et le polyester—dans nos vêtements avec des biomatériaux ne nous aidera pas à surmonter notre addiction à la « fast fashion » (mode rapide et bon marché), qui amène les Américains à jeter 14 millions de tonnes de vêtements chaque année, une augmentation de 100% ces deux dernières décennies. De meilleures technologies de recyclage—promises par l’économie circulaire—ne résoudront pas cette dépendance: elles ne feront qu’empirer les choses.

Le professeur John Schramski, écologiste des systèmes à l’Université de Géorgie aux Etats-Unis, considère la Terre comme une batterie chargée une fois et stockant l’énergie chimique accumulée par notre planète pendant plus de 4,5 milliards d’années d’évolution. Avec une grande inquiétude, Schramski note: « Au cours des derniers siècles—le temps d’un clin d’œil dans l’histoire de l’évolution—la consommation énergétique de l’homme pour alimenter la montée de la civilisation et la société industrielle, technologique et informationnelle moderne a déchargé la batterie Terre-Espace. » Avec un tel épuisement rapide, la Terre se déplace irrévocablement à un état où il deviendrait inhospitalier pour l’humanité. Pour la survie de la nature—et notre propre survie en tant qu’espèce humaine—Schramski croit que nous devons changer nos modes de vie et ralentir.

La bioéconomie à elle seule ne peut pas protéger et préserver la nature à moins que nous tous—les producteurs affamés de croissance et les consommateurs voraces—ne maitrisons notre nature intérieure insatiable et sauvage. Nous ne pouvons pas poursuivre une croissance infinie dans une planète finie.

Pour transformer notre nature intérieure, il ne suffit pas de changer notre état d’esprit; nous devons changer notre conscience. Nous devons sortir de notre mode d’existence inconscient et devenir plus conscients de la façon dont nous produisons, consommons, travaillons, et vivons. Alors seulement, nous serons capables de construire collectivement ce que j’appelle une bioéconomie consciente.

Qu’est-ce que je veux dire par conscient? La tradition du yoga indien utilise les sept chakras—centres d’énergie situés dans notre corps subtil—pour décrire nos niveaux de conscience. Ces sept chakras et leurs énergies associées influencent et façonnent notre vision du monde, notre motivation et notre comportement d’une manière particulière.

Dans de nombreuses parties du monde, nous vivons dans des sociétés capitalistes qui favorisent la concurrence et prônent les vertus du consumérisme individualiste, qui est satisfait par une production de masse à forte intensité de ressources et fortement polluante. Dans ce contexte, nous opérons inconsciemment animés principalement par les énergies de nos trois chakras inférieurs—la peur (« je veux survivre »), le désir (« je veux plus ») et le pouvoir (« je veux tout »)—qui représentent la préservation de soi. Poussé par un sentiment perpétuel de rareté et d’insécurité, nous menons des vies insatisfaisantes auto-centrées façonnées par nos désirs plutôt que nos vrais besoins.

Pour devenir conscients, nous devons débloquer nos quatre chakras supérieurs, afin que nous puissions puiser dans les énergies constructives de compassion, d’ingéniosité, de sagesse et d’unité (« je suis un(e) avec tout le monde et la nature ») pour transcender notre instinct de survie et les désirs égoïstes et co-créer avec les autres une bioéconomie inclusive, saine et bienveillante.

Voici comment nous pouvons faire cela :

LA COMPASSION

La bioéconomie devrait catalyser et permettre l’inclusion sociale. Nous devons accélérer le transfert de connaissances et la formation et investir dans des technologies et des modèles économiques disruptifs qui rendent les bioproduits et services hautement accessibles et abordables pour les plus démunis et contribuent à l’autonomisation économique des femmes.

Par exemple, dans les zones rurales de l’Inde, Husk Power Systems a installé des mini-réseaux électriques alimentés par des déchets agricoles locaux, tels que des balles de riz et des rafles de maïs. Chaque mini-réseau dessert 300 clients et offre une énergie propre et ininterrompue même aux villageois les plus pauvres qui peuvent se le procurer avec un micro-paiement avec leur téléphone portable.

La Fondation Rockefeller a lancé Smart Power India pour installer des mini-réseaux comme ceux de Husk dans 1000 villages indiens. Ceux-ci alimenteront les centres de formation professionnelle et les PMEs qui peuvent former et employer des femmes et des jeunes pauvres et libérer l’esprit entrepreneurial dans les villages, ce qui pourrait avoir un impact potentiel sur un million de vies.

L’INGÉNIOSITÉ

La ministre allemande de l’éducation et de la recherche, Anja Karliczek, a déclaré: « La bioéconomie n’est pas un concept facile à vendre. Elle ne va pas se matérialiser toute seule. Elle ne peut pas non plus être décrétée d’en haut. C’est un processus de transition sociétale qui aura besoin de temps. » Mais nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre. Nous devons accélérer la transition vers une bioéconomie en impliquant activement tous les citoyens dans sa co-création.

En plus de financer de grands projets de R & D en biotechnologie, les gouvernements doivent également investir dans des plateformes citoyennes pour soutenir la recherche participative. Ces plateformes permettront aux Makers inventifs d’utiliser leur ingéniosité collective et leurs outils de bricolage pour co-construire une bioéconomie inclusive du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Les collèges et les lycées peuvent transformer leurs élèves en jeunes inventeurs en leur donnant accès à des laboratoires communautaires ouverts comme La Paillasse et à des outils de R & D peu coûteux tels que le microscope à 1 dollar et la centrifugeuse en papier de 20 centimes développés par le Professeur Manu Prakash de Stanford. Les étudiants des pays riches et pauvres pourraient faire équipe pour co-créer des solutions écologiquespour le changement climatique.

LA SAGESSE

Jusqu’à présent, nous avons identifié moins de 15% des 8,7 millions d’espèces sur Terre. Malheureusement, nous n’en apprendrons jamais beaucoup sur les 86% restants, car la moitié d’entre eux pourrait disparaître d’ici 2050. Conversion des écosystèmes naturels (prairies, forêts, zones humides) en terres agricoles, déforestation, surpopulation, développement urbain rapide, et la pollution accélèrent la perte de biodiversité.

La Terre a 4,5 milliards d’années. Les humains modernes sont apparus il y a seulement 200 000 ans. Nous devons apprendre humblement et rapidement de la grande résilience du monde naturel et de sa grande sagesse pour trouver des moyens novateurs qui permettront à 10 milliards de personnes sur Terre de produire, consommer et vivre durablement d’ici 2050.

Dr. Ameenah Gurib-Fakim, scientifique de la biodiversité et ancienne présidente de L’île Maurice, croit que l’incroyable variété d’espèces végétales africaines possède de puissantes propriétés médicinales et détient la clé de l’avenir de l’alimentation pour toute l’humanité. Nous devons chérir, étudier et maintenir cette riche biodiversité car notre survie en dépend.

La bioéconomie pourrait même régénérer la biodiversité: Une équipe dirigée par le professeur George Church, généticien à Harvard, prévoit de créer un hybride mammouth-éléphant asiatique et de l’amener dans l’Arctique afin d’éviter la décongélation de la toundra, qui pourrait aggraver le réchauffement climatique. Ces hybrides pourraient également aider à préserver les éléphants d’Asie très menacés.

L’UNITÉ

Nous ne pouvons plus considérer la nature comme quelque chose « là-bas », qui doit être soit exploitée ou protégée. Nous devons réaliser consciemment que nous sommes la nature et que la nature est nous. Notre perspective et nos actions doivent incarner cette conscience intégrale que la nature et nous sommes essentiellement Un.

En particulier, les sociétés axées sur le profit, qui entretiennent depuis longtemps une relation antagoniste “business vs. nature” (l’entreprise contre la nature) avec l’environnement, doivent apprendre à penser, sentir et agir comme la nature. Les entreprises doivent évoluer vers ce que j’appelle « business as nature » (l’entreprise comme la nature).

Plus précisément, les entreprises doivent désapprendre leurs instincts égoïstes et compétitifs et faire preuve de générosité et de coopération, deux qualités inspirantes que Suzanne Simard, professeure d’écologie forestière à l’Université de la Colombie-Britannique, a découvertes dans la nature. Les entreprises peuvent émuler Interface, le plus grand fabricant de moquette modulaire au monde, qui construit une « usine comme une forêt ». Cette usine offre gratuitement aux communautés locales de nombreux « services écosystémiques »—séquestration du carbone, air pur, eau potable, et recyclage des nutriments—qui étaient fournis auparavant par l’écosystème local que l’usine remplace.

Mahatma Gandhi avait dit: « Le monde contient bien assez pour les besoins de chacun, mais pas assez pour la cupidité de tous. » Nos systèmes socio-économiques gourmands épuisent les ressources naturelles et polluent notre atmosphère et nos océans si rapidement que la Terre cessera d’ici la fin du siècle d’être hospitalier pour l’espèce humaine.

Si nous voulons survivre et prospérer, nous avons besoin d’un changement radical de conscience. Nous devons apprendre à apprécier la qualité de vie plutôt que la quantité dans la vie. Nous devons nous aider les uns les autres à améliorer notre bien-être matériel, émotionnel et spirituel et à atteindre notre plein potentiel. Utilisons notre compassion, notre ingéniosité, notre sagesse et notre sens de l’unité avec la nature pour co-créer une bioéconomie consciente.

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