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Archive for the ‘Comportement sur les marchés’ Category


eric-sadinMythe de la start-up, précarisation des travailleurs, dépossession des capacités créatrices… Le philosophe Eric Sadin dénonce les ravages de la vision du monde propagée par le «technolibéralisme».

Ecrivain et philosophe critique, Eric Sadin analyse depuis dix ans l’impact du numérique sur nos sociétés.

Après la Vie algorithmique en 2015, il publie la Silicolonisation du monde – l’irrésistible expansion du libéralisme numérique. Une charge violente et argumentée contre les Google, Apple et autres Facebook, qui prennent subrepticement les commandes de nos vies pour en tirer profit comme aucune autre entreprise auparavant.

Extrait de l’interview

Dans votre nouvel ouvrage, vous dénoncez «l’esprit de la Silicon Valley» comme une entreprise de«colonisation» du monde. Pouvez-vous vous expliquer ?

La Silicon Valley incarne l’insolente réussite industrielle de notre temps. Elle a donné naissance à des géants qui dominent l’industrie du numérique – les Apple, Google, Facebook, Uber, Netflix… – et qui engrangent des chiffres d’affaires colossaux.

Toutes les régions du globe cherchent désormais à dupliquer son cœur actuel de métier : l’économie de la donnée et des plateformes. Mais depuis peu, la Silicon Valley ne renvoie plus seulement à un territoire, elle a généré un «esprit» en passe de coloniser le monde, porté par de nombreux missionnaires : industriels, universités, think tanks… Mais aussi par une classe politique qui encourage l’édification de «valleys» sur les cinq continents, sous la forme d’«écosystèmes numériques» et d’«incubateurs de start-up».

La «silicolonisation», c’est la conviction que ce modèle représente l’horizon indépassable de notre temps et qui, de surcroît, incarnerait une forme lumineuse du capitalisme. Un capitalisme d’un nouveau genre, paré de «vertus égalitaires» car offrant à tous, du «start-upper visionnaire» au «collaborateur créatif», en passant par «l’autoentrepreneur», la possibilité de s’y raccorder et de s’y épanouir.

Vous parlez d’un «technolibéralisme». En quoi est-il plus puissant que les formes de libéralisme qui l’ont précédé ?

Nous entrons dans une nouvelle étape de la numérisation du monde, celle de la dissémination tous azimuts de capteurs. A terme, toutes les surfaces sont appelées à être connectées : corps, domiciles, véhicules, environnements urbains et professionnels…

Cet «enveloppement» technologique va entraîner un témoignage intégral de nos comportements permettant au technolibéralisme de s’adosser à tous les instants de l’existence, de n’être exclu d’aucun domaine, et d’instaurer ce que je nomme une «industrie de la vie» cherchant à tirer profit du moindre de nos gestes.

Comment cela se traduit concrètement dans le monde du travail ?

Les chaînes de production dans les entreprises sont et seront de plus en plus infiltrées de capteurs qui autorisent une évaluation en temps réel des cadences permettant à des systèmes d’ordonner en retour les actes à accomplir.

La figure du contremaître disparaît au profit du résultat d’équations qui dictent le cours des choses et auxquelles il est difficile, voire impossible, de s’opposer. La capacité d’initiative et de créativité des individus est niée, réduite à exécuter des ordres émanant de programmes qui ne font l’objet d’aucune publicité et qui, la plupart du temps, sont administrés par des prestataires extérieurs.

En cela, il s’agit d’un déni de démocratie. Il est temps que les syndicats se saisissent de ces questions d’organisation impersonnelle et ultra-optimisée des conduites, qui bafouent le droit du travail autant que la dignité humaine.

Vous assimilez l’esprit start-up à de la «sauvagerie entrepreneuriale» et l’irresponsabilité des cerveaux de la Silicon Valley à de la «criminalité en sweat-shirt».Carrément ?

La start-up, c’est la nouvelle utopie économique et sociale de notre temps. N’importe qui, à partir d’une «idée», en s’entourant de codeurs et en levant des fonds, peut désormais se croire maître de sa vie, «œuvrer au bien de l’humanité», tout en rêvant de «devenir milliardaire».

Or, à y regarder de près, le mythe s’effondre aussitôt. La plupart des start-up échouent rapidement. Et pour les employés, le régime de la précarité prévaut. Une pression terrible est exercée par le fait de l’obligation rapide de résultat. Et on offre des stock-options qui, sous couvert d’intéressement à de futurs profits hypothétiques, évitent de rémunérer convenablement les personnes.

Le technolibéralisme a institué des méthodes managériales laissant croire que chacun peut librement s’y épanouir. En réalité, tout est aménagé afin de profiter au maximum de la force de travail de chacun.

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libération

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Saphie-Ly-1Quel traitement doit être fait de la RSE dans les médias ? Sophie Ly Sow, Directrice du Cabinet NEXUS Groupe diagnostique pour REUSSIR cette question très complexe.

Mais elle reconnait d’emblée que parler de choses nouvelles comme la RSE n’est jamais une évidence.

 

 

Est-il difficile de communiquer sur la RSE au Sénégal à travers les médias ?

Parler de choses nouvelles comme la RSE n’est jamais une évidence. Et les faire accepter est une gageure au Sénégal car nous sommes une société conservatrice malgré les apparences.

Les médias traitent les sujets, mais les angles sont répétitifs. Il faut remettre en question les lectures de l’environnement qui nous abrite. Je vois bien que la presse a soif de nouvelles qui soient de nature économique et de portée sociale à la fois.

Chaque jour les médias relaient des faits divers qui documentent la vulnérabilité de communautés face à des activités industrielles mal encadrées ou peu respectueuses des lois existantes.

Par exemple, aujourd’hui, les communautés ont acquis le droit, inscrit dans nos juridictions nationales et au niveau CEDEAO, d’exiger des études d’impact environnemental avant que ne démarrent des usines. Or, trop peu d’assemblées de communautés sont couvertes par les journalistes et c’est dommage.

Ou a contrario, trop peu de bonnes pratiques font l’objet de reportages. Une approche systémique dans le traitement journalistique des négociations entre décideurs publics, intérêts privés et souci de préservation des cadres de vie contribueraient à forger une compréhension scientifique et politiquement équilibrée des choses.

D’où le défi pour les médias : comment problématiser au-delà des articles ponctuels et des faits divers ?

Le sujet de fond est le contexte économique libéral, parfois qualifié de « sauvage ». C’est aussi l’insuffisance de cadres structurés de protection des citoyens et de l’environnement. D’autant que l’accès à l’information n’est pas acquis. Vous avez raison, il faut distinguer information et communication. Aujourd’hui il est plutôt facile de communiquer. Informer est une autre histoire.

 

« Il y a pire qu’un esprit pervers, c’est un esprit habitué » disait le poète français Charles Péguy.

Il faut changer les habitudes au sein de la profession journalistique. Les schémas de pensée doivent se renouveler et se libérer du confort de ce que nous croyons et répétons machinalement, perpétrant ainsi les effets néfastes sans même en prendre la mesure.

 Si le besoin de faire connaitre ses actes vient toujours des entreprises, les journalistes sont-ils à même de distinguer l’aspect RSE et celui de la communication institutionnelle de la première citée ?

Bien sûr !  Nul n’a le monopole de l’initiative d’informer. Et reconnaissons le mérite aux entreprises qui communiquent. Il appartient aux journalistes de prendre leurs responsabilités et poser les questions d’intérêt publique.

Il faut plus d’information, sous divers angles. Je suis optimiste car ça bouge et donc la presse s’y intéressera. Des dizaines d’entreprises fleurons de notre économie sont engagées en RSE. Au niveau de l’Etat, le CESE s’est ouvert à cet enjeu et l’on observe des conseillers qui font activement leur propre éducation sur le sujet.

Récemment, la Présidence de la République a présenté son rapport sur l’ITIE. C’est une avancée réelle et une pratique positive d’information. C’est le fruit d’un travail de longue haleine de la société civile internationale, d’une démarche scientifique sur les plans environnemental et juridique et d’une solide capacité d’anticipation.

Il y a un an, NEXUS Groupe et l’Initiative RSE, avec l’appui d’OSIWA et de l’Ambassade des Pays Bas conviaient deux groupes de professionnels de l’information à deux exercices distincts et complémentaires :

  1. Les managers de médias à la réflexion sur l’impact de la RSE dans l’équilibre interne entre indépendance éditoriale et relation aux annonceurs publicitaires
  2. Une cohorte de journalistes de la CJRS en formation pour la capacité de collecte scientifique et de traitement politique des sujets liés à la RSE.

La RSE mobilise diverses parties. La matière à informer existe, par l’action de la société civile et les efforts du secteur privé. Reste le rôle des journalistes.  A chacun son travail.

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Reussir Business

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Evolution Chine WPAux moments où les Deux Sessions approchent de la fin à Beijing, le Quotidien du Peuple en ligne a interviewé Nathalie Bastianelli.

Bonne connaisseuse de l’Empire du milieu où elle a vécu, Nathalie a fondé Belong & Partners, une plateforme dédiée à la rencontre des entreprises occidentales et du monde émergent autour des enjeux du développement durable.

Je vous en livre un extrait

Quotidien du Peuple en ligne : comment percevez-vous le rôle du gouvernement dans la protection de l’environnement en Chine ?

Nathalie Bastianelli : La Chine est reconnue par un grand nombre d’experts internationaux comme le pays qui a la volonté de faire évoluer son modèle économique vers un modèle plus responsable et plus durable et qui investit le plus sur les solutions. En Chine, l’organisation centralisée du pouvoir fait que les gens sont habitués à ce que les problèmes soient gérés par le gouvernement. La solution vient du haut, il y a cependant une difficulté à la faire appliquer au niveau des provinces du fait d’une forte corruption. Mon message vient dire que le gouvernement fait bien sûr sa part mais que d’autres acteurs doivent également faire leur part, notamment les entreprises privées chinoises ou étrangères implantées ici, ainsi que les consommateurs chinois.

Il y a une grande conscience de la population chinoise sur le contexte actuel : pour eux le changement climatique n’est pas une menace mais une réalité. Mais la plupart des Chinois n’ont pas encore conscience qu’ils peuvent aider à changer les choses.

Quotidien du Peuple en ligne : quelle est la situation des marques organiques chinoises ?

Nathalie Bastianelli : Le problème en Chine, c’est que les Chinois n’ont pas confiance dans leurs propres produits organiques. Je connais une marque chinoise de produits d’hygiène (shampoing, produits pour la maison). Ce sont des produits 100% fabriqués en Chine et 100% organiques, or le producteur doit prétendre qu’ils sont « fabriqués en Australie » sur leur site et dans la communication pour les vendre ici.

Les Chinois font confiance aux marques étrangères mais pas aux marques locales. C’est un vrai problème. Le gouvernement devrait aider ces entreprises-là, faciliter leur développement. Pour donner un exemple, on interdit depuis quelques mois à ces sociétés d’utiliser le terme « organique » car ce mot doit maintenant être réservé pour les produits alimentaires mais on ne leur apporte pas la solution sur comment communiquer sur leur mode de production durable.

Quotidien du Peuple en ligne : comment voyez-vous l’état économique actuel de la Chine et son avenir ?

Nathalie Bastianelli : La croissance en Chine est en baisse depuis quelques années. J’y vois deux raisons principales : la Chine est encore basée sur un modèle d’exportation et les crises des pays occidentaux ont une répercussion immédiate sur la croissance chinoise. L’économie du pays ne reposant pas encore suffisamment sur son marché intérieur.

Par ailleurs, la Chine souhaite passer d’une économie des industries lourdes à une économie de services pour faire évoluer son modèle et le rendre plus qualitatif. Cela va contribuer à rendre sa croissance à venir plus équilibrée. Un officiel chinois lors d’un déplacement en France a ainsi évoqué :

l’Europe a réussi sa révolution industrielle, ces 30 dernières années nous nous sommes développés sur votre modèle et nous avons échoué, le prix à payer est trop cher au niveau environnemental et humain. Mais l’Europe est en train de rater sa révolution verte, et nous allons réussir la notre .

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Quotidien Chinois

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Cpauvrete-achat_2162407‘est que nous annonce Isabelle Hennebelle, rédactrice en chef du hors série de l’Express publié en septembre, dans son édito:

 

 

« De l’espoir et de l’action » le fil rouge et la cohérence de la mutation fondamentale de l’économie en cours.

Dans un monde qui bouge de plus en plus vite, les entreprises doivent en effet se réinventer au risque de se faire dépasser voire de disparaître. S’inspirer et prendre soin de son écosystème est donc devenu une obligation ; ceux qui ne baseront leur stratégie que sur la seule génération de profits risquent de le payer cher !

Cependant énoncer ce constat suffit rarement à contrebalancer le poids des habitudes et les résistances aux changements.

  • Vague numérique, raréfaction des ressources, compétition mondiale, nouveaux modes de consommation

tous les secteurs d’activité sont bouleversés. Ceux qui incorporeront ces tendances de fond dès à présent gagneront en agilité pour s’adapter aux évolutions en cours en développant une acuité accrue aux sources de renouveau de leur métier. Pour cela, l’ouverture sur l’écosystème est cruciale. La co-construction avec de nouveaux acteurs est essentielle.

Quels sont les changements en cours ? Quelles sont les nouvelles réponses proposées ? Dirigeants, salariés, entrepreneurs : Quelques citations tirées de ce numéro spécial…

Plus qu’une responsabilité sociale, un changement de modèle

Je pense que les entreprises ont la responsabilité de trouver des solutions. Elles doivent être moteur dans le sociétal comme elles le sont dans l’économique. Jochen Zeitz, ancien PDG de Puma

L’innovation au bénéfice de tous

Même si elles restent encore rentables pour quelque temps, les stratégies fondées sur l’économie de la rente, sur des ressources naturelles illimitées et sur la compétition pour le seul profit, sont obsolètes. Maximilien Rouer du cabinet BeCitizen

Se préoccuper de son écosystème, repenser les business modèles, s’ouvrir à une part d’inconnu sur les modes de production et de consommation : les mutations en cours requièrent du courage, de l’audace et un changement de regard sur les pratiques habituelles des affaires.

Les entreprises qui anticipent les tendances et savent se réinventer ont plus de chance de rester compétitives que celle qui continuent à faire du business ‘as usual’ ; et l’innovation sociale peut constituer un puissant levier pour les aider à penser en dehors du cadre. Bénédicte Faivre-Tavignot, directrice de la Chaire Entreprise & Pauvreté Social Business à HEC

L’intrapreneuriat social : quand le changement vient de l’intérieur !

Dernière illustration de ce riche Hors Série : les différents portraits de cette nouvelle race d’entrepreneurs du changement qui font bouger les lignes au sein de leur organisation en inventant de nouvelles façons de créer de la richesse à partir d’une mission au départ conventionnelle dans l’entreprise : les intrapreneurs sociaux.

L’intrapreneur a besoin d’un équilibre économique permettant de couvrir ses coûts, car son activité est insérée dans le processus business de l’entreprise….Un mouvement de fond est à l’œuvre, les cadres ont besoin de sens au travail et les 25-30 ans rêvent de travailler dans des entreprises engagées. Emmanuel de Lutzel, vice-président social business de BNP Paribas

La conclusion revient à Isabelle Hennebelle qui synthétise dans son édito du 10 octobre « Réinventer l’entreprise » les enjeux de création de valeur en entreprise depuis la perspective de l’innovation sociale :

Dans la France en crise, des pionniers se relèvent les manches pour bâtir les fondations d’un monde plus inclusif et collaboratif, conciliant performance économique et impact sociétal. Situés non pas en marge, mais au cœur du système, nombre de ces visionnaires sont dirigeants, salariés, entrepreneurs sociaux et jeunes diplômés. Ils ont intégré ce que d’autres continuent de nier: face à l’ampleur des défis (risques environnementaux, essor de la compétition avec les pays émergents, omniprésence des nouvelles technologies, raréfaction des ressources naturelles…), l’entreprise n’a plus d’autre choix que de se réinventer. 

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Nicolas Cordier

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Soft LawCantonnée aux firmes soucieuses d’inscrire la philanthropie dans le business, la responsabilité sociétale s’est imposée comme élément clé des stratégies. Cette éthique se voit consacrée avec l’évolution de son cadre juridique :

 

La RSE voit sa justiciabilité s’accroître ainsi que les risques économiques & réputationnels induits par la proposition de loi Devoir de Vigilance saluée par Laurent Fabius.

 
Pierre-Samuel Guedj, président d’Affectio Mutandi, livre dans cet article son point de vue, en voici quelques extraits …..

En effet, la RSE semble en voie de fondamentalisation, en ce sens où les normes sur lesquelles elle repose ont tendance à se préciser et à s’affranchir du seul volontarisme, s’imposant davantage à mesure que les parties prenantes les mobilisent, invitant les juges à se prononcer.

Après le boycott d’une partie du peuple britannique à l’encontre du sucre de canne en provenance des Caraïbes dont la production reposait sur la traite négrière à la fin du XVIIIe siècle, la doctrine sociale de l’Église qui, sous l’égide du pape Léon XIII, s’exprima dans l’encyclique Rerum Novarum  visant à l’amélioration de la condition ouvrière de la fin du XIXe siècle, l’adoption dès les années 70 de recommandations par des institutions aussi emblématiques que l’OCDE, l’OIT ou l’ONU…

L’ère des juristes responsables

Aujourd’hui, semble être le théâtre d’une 3e ère de la RSE ; celle de sa fondamentalisation. Les scandales et catastrophes qui ponctuèrent les années 1990 (Bhopal 1984, Enron 2001) et les sommets internationaux qui s’ensuivirent contribuèrent à souligner le besoin croissant d’une régulation efficace de l’activité des entreprises. Ainsi, le législateur, puis le juge en vinrent à s’approprier ce champ juridique, contribuant à une nouvelle évolution de la RSE : ce droit dont l’application était initialement purement dévolue à la bonne volonté des entreprises s’est vu complété par un ensemble de normes impératives, pouvant servir de motivation à un juge, tant et si bien que certains auteurs évoquent la justiciabilité renforcée de la RSE.

Relativement à ses sources, elle a deux faces puisqu’elle s’est bâtie au confluent du droit « souple » et du droit « dur ».

  • Le droit souple se compose de la masse normative volontaire dont les principes directeurs de l’OCDE et de l’ONU, la convention tripartite de l’OIT ou encore les normes ISO.
  • Le droit « dur » ou droit positif englobe quant à lui les dispositions impératives applicables aux sociétés.

Bien que reposant sur des mécanismes différents, ces deux sources normatives de la RSE participent efficacement à la même dynamique de régulation de l’activité des entreprises. C’est un Iceberg dont la Soft Law immergée, moins visible, nourrit progressivement la Hard Law, visible et mieux appréhendée par les juristes. Les entreprises doivent prendre conscience de cette porosité lorsqu’elles élaborent leur stratégie.

Vers une Soft Law contraignante

L’exemple des principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales adoptées en 1976, révisés en 2011, est emblématique. Ils ont été adoptés à ce jour par 45 gouvernements afin d’encourager leurs entreprises ressortissantes à les respecter. Ces principes qui constituent des recommandations voient leur mise en œuvre assurée par les points de contact nationaux (PCN) qui jouent à la fois un rôle de promoteurs des principes et de médiateurs en cas de manquements dénoncés par des parties prenantes.

Plus intéressant encore, les déclarations des PCN lors du processus de médiation constituent peu à peu un corpus décrivant les bonnes pratiques de diligence raisonnable permettant aux entreprises de prévenir les impacts négatifs liés à leurs activités.

Les PCN construisent en sommes une lex mercatoria de la RSE qui touche des questions aussi variées que la responsabilité

  • des donneurs d’ordres de l’industrie textile…
  • des acteurs financiers…

Ce droit souple est appelé à occuper une place plus importante, voire à pleinement intégrer le raisonnement des juges nationaux.

Parallèlement à cela les pouvoirs législatif et judiciaire sont aussi amenés à se prononcer sur tous les champs de la RSE, participant à la multiplication et à l’application effective des normes desquelles résulte le processus de responsabilisation des entreprises.

Devoir de vigilance… vigilance !

La proposition de loi relative au devoir de vigilance des multinationales viendrait, si elle est adoptée, transcrire les engagements internationaux de la France au niveau de l’ONU et de l’OCDE, avec pour objectif d’œuvrer au respect des droits humains et des normes environnementales dans les échanges commerciaux mondialisés. Elle vise à instaurer un devoir de vigilance pesant sur les sociétés mères et donneuses d’ordres, qui induit qu’elles doivent veiller aux impacts directs et indirects de leur activité.

La loyauté des pratiques s’impose pour maîtriser les nouveaux risques juridiques, sociétaux et réputationnels

On peut constater combien la problématique de chaines d’approvisionnement de plus en plus éclatées n’est plus seulement un défi pour les logisticiens et les acheteurs, mais aussi pour les communicants et les juristes ! Citons Carrefour qui depuis le drame du Rana Plaza est très actif auprès de ses parties prenantes pour sauvegarder sa réputation. Observons également les efforts de Coca-Cola et de McDonald’s pour faire valoir leurs implantations et approvisionnements sur les territoires français.

Cette problématique des relations entre grands donneurs d’ordres et fournisseurs a donné naissance en 2008 dans notre droit à la notion de déséquilibre significatif prévue par l’article L.442-6 du Code de commerce. En permettant aux fournisseurs de dénoncer des pratiques d’achat abusives.

On voit ainsi dans ces mutations normatives de nouveaux risques juridiques, sociétaux et réputationnels se développer pour les acteurs économiques autant que pour les investisseurs qui peuvent se voir ainsi reprocher leur manque de diligence raisonnable.

Si la compétitivité de demain sera sociétalement responsable, il faut toutefois bien mesurer le rapport risques/opportunités économiques d’initiatives isolées ! 

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Les Echos

 

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Michel CapronLe hasard a fait que la question du rachat d’une partie d’Alstom a croisé dans les médias le premier anniversaire du drame du Rana Plaza au Bangladesh. Apparemment deux évènements qui n’ont rien à voir ensemble. Et pourtant…

Michel Capron nous livre dans cet article son analyse….

Dans le cas des suites de l’effondrement du Rana Plaza, la plupart des clients donneurs d’ordre de cette usine cherchent à limiter leurs responsabilités, certains les reconnaissent quelque peu et acceptent de participer à l’indemnisation des victimes, d’autres y rechignent ou même les nient.

Dans le cas d’Alstom, l’Etat français qui n’est pas actionnaire et n’a donc juridiquement aucun pouvoir d’intervention sur les négociations en cours, proclame, par la voix du président de la République, sa légitimité à être partie prenante à la discussion, au nom de sa qualité à passer des commandes publiques à l’entreprise et des éventuelles conséquences de la décision pour le pays.

 
RAPPORTS DE FORCE INVERSÉS

Le point commun ? Ce sont des clients donneurs d’ordre qui, dans le premier cas, cherchent à s’abriter derrière l’absence de liens juridiques pour minimiser l’importance de leurs responsabilités ; dans l’autre cas, au contraire, un important client (qui peut certes se prévaloir aussi de la défense de l’intérêt national) s’efforce de contourner cette absence de lien juridique pour se porter « partie prenante » et peser de manière déterminante sur l’avenir de l’entreprise.

Avec des différences qui tiennent à des rapports de force inversés, voilà deux situations dans lesquelles des acteurs essentiels ne sont pas pris en compte ou ne veulent pas l’être, alors que les changements de situation dépendent en grande partie d’eux ou peuvent les affecter.

Ces deux exemples montrent que l’actuel droit des sociétés est défaillant à fournir un statut à ces « parties prenantes » extérieures aux entreprises et pourtant très importantes pour elles, pour leur devenir, leurs activités et leurs conditions d’exploitation.

 

XIXE SIÈCLE

Dans d’autres situations, ce sont les salariés, les fournisseurs, les usagers ou les riverains qui seront laissés pour compte sans avoir la possibilité légale d’agir sur des processus qui les concernent directement.

Il est temps de ne pas laisser le droit des sociétés être focalisé sur les seuls apporteurs de capitaux et ignorant de ce que représente véritablement l’entreprise aujourd’hui, c’est-à-dire un ensemble composé de ceux qui participent à sa vie économique, mais aussi des acteurs de la société civile influencés, directement ou indirectement, par ses activités.

Il est temps de définir un statut, les droits et les obligations pour toutes les parties prenantes qui ont une influence ou qui sont impactées par les activités d’une entreprise. En bref, il est temps de reconsidérer la conception que nous avons de l’entreprise, de son « intérêt social » et de ses rapports à la société, qui date du XIXe siècle.

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Monde idées

 

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Médicaments confianceLe sentiment général de défiance, qui gagne la société française, affecte aussi le médicament.

Pour la 4ème année consécutive, le Leem livre, au travers de son Observatoire sociétal du médicament, une analyse détaillée de la perception et du rapport des Français au médicament.

Deux thèmes majeurs ont fait, cette année, l’objet d’un approfondissement particulier : la sécurité et l’innovation.

Cette défiance générale touche les différents secteurs économiques du pays. Les entreprises du médicament apparaissent, en comparaison, moins éprouvées que d’autres, puisque le niveau de confiance des Français à leur égard baisse de « seulement » 5 points par rapport à 2013 (à 57 %) quand :

  • l’agro-alimentaire chute de 15 points (à 38 %)
  • la grande distribution de 13 points (à 39 %)
  • le bâtiment de 10 points (à 61 %)
  • les télécoms de 8 points (à 53 %).

 Dans ce contexte, la confiance des Français dans le médicament reste à un niveau élevé (75 %) mais marque un net recul cette année (- 12 points).

La baisse affecte tous les types de médicaments même si, comme les années précédentes, le niveau de confiance demeure plus élevé pour ceux qui bénéficient d’une « caution », qu’elle soit médicale, administrative ou industrielle.

Les Français ont des interrogations sur la sécurité des médicaments qui fragilisent leur niveau de confiance.

Quand on les interroge sur les informations qui les intéressent le plus « personnellement » sur les médicaments, ils citent spontanément

  • les effets secondaires (71 %)
  • les contre-indications (58 %)
  • L’efficacité arrive loin derrière (15 %), preuve qu’elle n’est pas remise en cause par une majorité des Français.

23 % des Français estiment  que le niveau de sécurité a baissé et 76 % s’estiment mal informés sur la sécurité.

Cette appréhension autour de la sécurité a une incidence directe sur la baisse de confiance observée.

L’accumulation des controverses sur le médicament en France depuis 2011 (particulièrement en 2013) a fini par provoquer un doute dans une partie de la population, avec des interrogations sur la capacité du système de santé à contrôler efficacement le médicament.

La responsabilité en matière de sécurité du médicament est partagée, aux yeux des Français.

Pour les Français, la sécurité du médicament est une responsabilité partagée entre :

  • les laboratoires (89 %)
  • les autorités de santé et pouvoirs publics  et les médecins au même niveau (83 %)
  • les pharmaciens (75 %)
  • Les patients eux-mêmes sont loin derrière à 40 %.

La recherche et l’innovation, capital image de l’industrie, est aussi un terrain sur lequel les Français sont en attente d’information.

L’Observatoire 2014 révèle que pour les Français, les laboratoires sont clairement perçus comme les premiers financeurs de la recherche de nouveaux médicaments (76 %), et que ceux-ci évaluent positivement la R&D du secteur .

8 Français sur 10 se disent, malgré tout, en manque d’information concernant le fonctionnement de la recherche et les innovations à venir en matière de médicaments dans les 10 prochaines années.

Les enseignements du point de vue du Leem

Pour le Leem, organisation professionnelle fédérant les entreprises du médicament opérant en France, les résultats de l’Observatoire 2014 constituent un signal d’alarme pour l’ensemble des acteurs du système de santé, car la confiance dans le médicament est une construction collective.

Outre, le phénomène de défiance généralisée qui se développe dans la société française, la multiplication d’informations plus ou moins fiables et non hiérarchisées, ainsi que la confusion sur l’origine des émetteurs  ont contribué au recul de la confiance des Français constaté cette année.

L’enquête d’IPSOS montre donc un véritable besoin de pédagogie dans la population. Les entreprises du médicament contribueront à cet effort à la place qui est la leur. Au-delà, cette question de la confiance doit être un sujet de préoccupation partagée avec l’ensemble des parties concernées : pouvoirs publics, professionnels de santé, associations de patients…

La défiance, si elle devait s’installer, poserait inévitablement de graves problèmes de santé publique à terme.

C’est pourquoi, le Leem invite toutes les parties prenantes à repenser ensemble la politique d’information sur le médicament.

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Leem

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